
On peut avoir envie de quitter le monde momentanément, lors d'une soirée ennuyante ou encore pour partir en voyage mais quitter le monde pour toujours, pour l'éternité, relève d'un accident de la vie, souvent au terme d'une maladie. Quitter le monde est le titre d'un livre de Douglas Kennedy, un auteur que j'affectionne beaucoup.
C'est mon amie Lise qui me l'a prêté en octobre dernier, quelque temps avant qu'elle ne se rende aux soins palliatifs. Au moment où j'ai pris le livre dans mes mains, je savais que je ne pourrais lui remettre. Et je trouvais ce titre dangereusement prémonitoire. Ce n'est pas pour rien qu'elle avait choisi de le lire. Comme pour apprivoiser l'idée du départ.
Depuis presque deux ans, après avoir fait tous les protocoles de chimiothérapie et de radiothérapie, elle a fini par être obligée de dire: Y a pu rien à faire, j'ai tout essayé. Lise étant une femme combative mais réaliste, ce constat a suscité chez elle une lucidité admirable. C'était à peine trois mois avant sa mort. À partir de ce moment- là, elle a organisé jusque dans les moindres détails ses affaires personnelles et sa cérémonie funéraire. Ce fut un moment extrêmement touchant, beau comme elle, à son image. Cette rencontre de sa famille et de tous ses amis, devant son urne, agrémentée d'un diaporama et accompagnée des musiques choisies par elle, nous a imprégné d'une tendresse, d'une affection dont nous avions tous grand besoin. Nous nous sommes sentis unis, les proches comme les moins proches, dans une atmosphère à la fois de fin de vie et de il faut continuer... Parce qu'elle a nous a laissés avec une grande leçon de sérénité!
Quand quelqu'un qu'on aime est capable de quitter ce monde sans apitoiement, avec dignité, ça nous oblige à être à la hauteur... Oui je la pleure encore mais je ne pense pas à Lise avec tristesse. Ce n'est pas ce qu'elle voudrait, elle aimait tant la vie. La moindre des choses est d'apprécier que nous, nous sommes encore là... C'est grâce à elle, à son attitude à la fois élégante et déterminée, que chaque jour me semble encore davantage qu'avant, un cadeau. Et je m'apprête à lire le plus récent livre de Douglas Kennedy, Cet instant-là, que Lise m'a donné quatre jours avant sa mort, en me disant: Prends-le, je n'aurai pas le temps de le lire.




